Dans sa boîte magique où se nichent l’écume et l’imperceptible
Le poète travaille la vibration
Il fait ses réglages
Il bague
il zoome
Il blague
Il dézoome
Il défie tous les rectangles
Il scrute
Hors cadre
Il change les heures
Il donne de l’épaisseur
Il défenestre 200 gr de papier plat par 20000 ans de regards
Il défige la pellicule mentale
Il dévitrifie les écailles de notre champs lexical
Il pose les filigranes d’un kaléidoscope d’une géométrie improbable qui
ouvre et ferme des fenêtres d’illusions et de désillusion
Il dénude les ténèbres et dégomme les précis de grammaire
Il dilate la profondeur du chant céleste de la fille au regard qui contient
plusieurs vies, plusieurs mers
Il met l’iris au vert
La brume Hubert
Filou
Il effile son style
Il se gausse du trait
Et fait flou
Comme une pâte à pétrir
Comme un tableau
Comme un bain d’huile
Comme une invitation à s’émouvoir
Comme le frétillement des globules rouges aux abords du tympan
Dans le petit matin noir
La brume Hubert
Tel le jazz
Hubert sculpte
Avant et après le temps
Il joue
Kind of blue
Il fait déclic de l’image qui précède
De l’image qui suit
Et par un saut de carpe bien maîtrisé
Il dégrise la brume et lui offre un relief infini
Quasi floral
L’image pousse un cri de printemps
Dans le froid sourd de l’hiver
La brume Hubert
Désoeuvre le papier mat
À travers lequel on peut lire les messages enfouis
Le passé
Le futur
On peut calculer l’âge millénaire d’une pupille qui se dilate
S’étendre sur l’ennui d’un quartier perdu
Entendre distinctement l’orchestre qui joue des symphonies pop et sepia
Avec lenteur et doigts sincères
La brume Hubert
Le poète file
Le poète traque
Les solitudes 1600 iso
Les lieux sans foule
Les arbres sans feuilles
Les têtes fragiles et rebelles
Il métamorphose
Un tronc, une chevelure
Un potager, une Cadillac
Une grimace
Un concerto sans partition
Un homme à câpres et sa Pépée
Et sa cigarette et son chien
L’homme est en retrait
Il toise, il inspire, il révolte
Il a des fils d’argent qui tombent sur un crâne de Guernica, de force et de
fiel à plomber l’ambiance
Mais le lait du photographe apaise l’enragé
Et trempe son encre aux sous-bois
Des grands vers
La brume Hubert
Face au gel qui fige la pellicule, l ’homme pixel a son arme: le mouvement
imperceptible
Il va là où rien ne fige
Pas même la mort
Avec l’art de la dégaine
Hubert granule sa condition humaine...
Il fait corps
Il déglace
Il donne grâce au fugace
Il porte bien son nom
Dans son labo rouge de bracs et de brics
Il pratique le tango argentique
Il trempe calmement
La vie extraordinaire
Des gens ordinaires
Dans les accélérateurs aléatoires
Et les bains pudiques
Le poète est un quidam qui prend le temps de s'asseoir sur le banc public

eRno le Mentholé - 16 janvier 2015


Texte écrit pour et récité à l'occasion de l'apéro littéraire qui s'est tenu au Musée Curtius à Liège le 16-01-2015.
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