Devoirs libres, libres de voir: Hubert Grooteclaes

 

Ce sont des images de calme. Mais c'est un calme inquiet. Il y a toujours l'ombre d'un départ ou celle d'une arrivée qui se fait attendre... C'est un calme flou, ce ne sont pas des images figées, il y a un mouvement, un mouvement très lent... très lent et comme retenu par une imperceptible angoisse. On devine des noyades. On pressent une rupture. On imagine des tendresses. Hubert Grooteclaes ne nous lance pas des images brutes au visage, il donne à imaginer. Il n'a pas, au bout de son regard, la cruauté Pulitzer mais bien un amour douloureux et profond pour tout ce qui bouge, tout ce qui vit. Et cette profondeur, cette douleur, il les donne aussi aux inanimés, aux objets et aux pierres, au futile dont nous vivons... Il a mal aux yeux, Grooteclaes, et, son infarctus, c'est sur les rétines qu'il myocarde lentement... Tous les jours, toutes les heures, à toutes les secondes qui belotent la vie et rebelotent la mort. Alors, il l'arrange, cette vie, avec ses frontières floues, avec ses douleurs entre deux couleurs parce que les souvenirs déteignent.

Quand Grooteclaes déclenche son obturateur, ce n'est pas une machine qui baîlle, c'est un cœur qui impressionne la lumière.

 

Joseph Orban, 1985

extrait du catalogue de l'exposition itinérante « Devoirs libres, libres de voir »,  qui présentait Hubert Grooteclaes et 4 de ses anciens élèves (Jean-Luc Deru, Pierre Houcmant, Damien Hustinx et Alain Janssens)

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