Il est très bien, ce mec.

 

Je connais Grooteclaes depuis 1959. Dans la marge de notre amitié, qu'il s'est attaché à garder dans le calme et le respect de l'Autre, il a descendu tranquillement les tabous du métier. La caméra, il s'en sert, bien sûr, mais comme un souteneur se sert de la fille publique qu'il sait d'ailleurs habiller, nourrir et divertir. Il a pris une « ligne » et, parti loin, vers ces parallèles qui, d'Einstein, il le sait bien, se rejoignent désormais, même dans un lit, tout près dans la rue, dans la conscience aussi. Cette « ligne », qui sait comment elle se fera, loin de lui et des outrages qu'il vient de cracher à la gueule du kodaktisme et des laborantines encore dans les langes des propos journalistiques de France-Matin ou de Match 1,2 et pourquoi pas 3.
Il fait des monstres regardables parce que, d'habitude, la tératologie ne se concerte et ne s'apprend que dans les lieux où justement se terrent et où l'on terre, quand il en est question, « le non-admis », dans les hôpitaux spécialisés ou dans des endroits où la gêne s’appelle la gêne... en toute gentillesse et toute impunité. Dans les lignes de Grooteclaes il brume un peu de cette folie attachante parce qu'elle est ce qui demeure encore inexpliqué et adorable.
Grooteclaes est fou, je pense. Il ne fait plus de photos. Il est très bien, ce mec.

Léo Ferré, Sienne, 1973
 

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