Plaidoyer pour une école d'art photographique

 

"L'exploitation de l'Artiste par l'homme est un aspect du proxénétisme contemporain"


Personnellement, j'ai une grande dette envers la PHOTOGRAPHIE qui est mon seul moyen d'expression.
A 27 ans, j'étais marchand de fromages. A 28 ans, j'étais photographe. Je n'ai pas fait d'école photographique (les grands photographes n'ont jamais eu besoin de ces écoles) celles-ci n'étant qu'une invention de l'Homme et en ce qui nous concerne, une invention des photographes professionnels (groupés en Belgique sous le sigle ridicule de la "FE.NE.PE.PE.") qui, n'ayant gardé de la créativité que les renvois, ont eu peur de voir s'émietter le gâteau et ont réussi à faire passer cette loi d'école obligatoire pour l'accès à la profession.
Il ne faut JAMAIS oublier que, sans cette loi, nous ne serions pas là! De là à être inutile, il n'y a qu'un faux pas que je ne franchirai pas de suite.
Les choses étant ce qu'elles sont, je voudrais que cette école soit un lieu où je pourrais motiver les motivables, un lieu où il n'est pas interdit de s'épanouir, une Rencontre où se faciliteraient les choses compliquées plutôt qu'une "statistique de la CONTRAINTE" et un endroit où se compliquent les choses simples.


Mon cours consiste en un travail jamais terminé: A la Recherche de l'Homme et de son quotidien.
La technique photographique est élémentaire à côté du reste. J'admets la technique. J'ai horreur de la technique de la technique et si on me parle de la technique de la technique de la technique, je demande tout de suite qu'on élève le débat et vous parlerai de la BEAUTE. Je vous dirai que pour moi c'est ESSENTIEL et me permet de sublimer l'ordinaire en marge des conneries quotidiennes. Je vous ferai voir des photographies qui rient aux étoiles quand les anges vous mettent l'aile sur l'épaule et je m'efforcerai toujours d'asseoir la PHOTOGRAPHIE comme une fête de l'INTELLIGENCE.


Critères de jugement.
Ce qui est bon à Liège est mauvais !
Avant cette démarche qui a consisté à fusionner des choses minuscules en espérant en faire une grosse, Liège comptait encore 140.000 habitants. L'équivalent en France de la population de Rennes. A ma connaissance, il ne se passe rien à Rennes et évidemment il ne se passe rien à Liège. Cela étant, je me permettrai de prendre les critères de qualité AILLEURS: je m'appellerais Dick de Moei, directeur artistique de Avenue et je serais Hollandais, ou Alan Porter, rédacteur en chef de CAMERA et j'habiterais la Suisse ou encore Lanfranco Colombo m'occupant de FOTOFRAFIA ITALIANA pour le plaisir. Je ferai preuve d'humilité, je me remettrai en question tous les jours. Mon combat ne s'arrêtera qu'au client encombré de toutes les contingences commerciales. Pour moi, il reste l'homme à abattre.


DE L'UTILISATION DES COMPETENCES
En 1955, j'ai choisi un métier qui me mettait en contact avec quelque chose que je considérais comme important: à savoir la tête de l'homme. Pendant 18 ans, je me suis fait la main sur la gueule des gens comme ça, journellement, et à défaut même d'avoir acquis une technique certaine, j'avais au moins assimilé une certaine technique. J'ai fait grosso modo 70.000 portraits et on n'a pas besoin de mon expérience dans mon école. Mais il y a longtemps que je ne m'étonne plus de rien !


NE JAMAIS OUBLIER:
Que dans le mot Amateur, il y a amour tout comme dans conventionnel il y a con.
Que la langue française est tellement pauvre qu'elle n'a à sa disposition qu'un seul mot pour désigner le SUBLIME ou la MERDE quand ces deux choses se promènent sur des surfaces sensibles.
Que bien souvent on ne parle pas le même langage et qu'en plus on ne désigne pas les mêmes choses.
Que la zone d'ombre du silence vaut cent fois mieux que la connerie majuscule.
Que le Paradis photographique c'est Ailleurs. Où, ça je n'en sais rien, mais cela ne peut pas être pire qu'ici, mon petit!
Que la réussite dans la vie est bien souvent en rapport avec la rapidité qu'on met à retourner sa veste et avec la facilité qu'on a de dire le contraire de ce qu'on pense.
Que des mots comme "créativité" se sont vidés de tout sens à force d'avoir été utilisés par des gens qui avaient le pouvoir de ne plus appeler les choses par leur nom.
Qu'il n'y a pas d'étrangers, qu'il n'y a que des douaniers!
Que l'Artiste est un homme seul!
Que la Beauté est un critère suspect!
Qu'il faut faire des crocs en jambes au système!
Qu'il ne faut sous aucun prétexte rentrer ton talent. Sinon on dira de toi plus tard: "II souffre d'un talent rentré"!
Que nous sommes tous responsables mais à des degrés divers!
Qu'il faut refuser les idées préconçues des gens qui préjugent et arrière-pensent!
Que la recherche, c'est ce qui se passe quand les autres se sont arrêtés.
Que rien ne vaut le plaisir de voir grandir des photos dans l'amitié des soirs-complices!
Que tu dois rester en marge de la CONNERIE PHOTOGRAPHIQUE.
Que tous ces conseils serviront à te rendre lucide si possible parce qu'on te veut bête, puisque jeune et étudiant!


J'espère que ces quelques lignes t'aideront à supporter l'insupportable, sinon, demande à ton école qu'elle te donne des cours de :

bassesse
servilité
duplicité
d'absence de vergogne
de vanité
de mesquinerie
de fatuité
d'utilisation de l'Autre
de mensonge
de fausseté
de récupération
de politique
de politique
de politique
de politique


ALORS, TU REUSSIRAS !


Mais là, ce n'est plus mon problème. Permets-moi de te dire seulement que ce qui me tient debout face à la CONNERIE, c'est que je rêve à un nouvel ÂGE D'OR de la PHOTOGRAPHIE.
J'y prépare les élèves pour l'AN 3000 et je n'hésiterai pas à te foutre des complexes si tu n'en as pas et à t'en enlever si tu en as!


A lundi

Hubert Grooteclaes
 

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