Biographie. - Hubert Grooteclaes
Biographie.

par Marc Vausort.
in « Hubert Grooteclaes. Un rêve prémédité »,
Charleroi, Musée de la Photographie, 1995 – pp. 127-135.

Texte reproduit avec l'aimable autorisation de l'auteur.


1927
Naissance, le 6 novembre d'Hubert Grooteclaes à Aubel (pays de Herve). Ses parents, Antoine Grooteclaes et Clémentine Laixhay, sont fromagers. Sa sœur Yvonne est née en 1925.
« Finalement, je crois que j'aurais voulu rester gosse. J'ai eu une enfance heureuse ». (¹)
Études classiques au Collège St Hadelin à Visé.
« Je n'ai pas terminé mes études, j'en avais horreur ». (²)

¹ .Émission de Paul Libens, texte dactylographié, non publié.
². Cité par Jacqueline Remits, in LeVif-L'Express, 11 juillet 1986

1933
Décès accidentel de son père.

1944
Quitte l'école. Il pense à une carrière artistique mais les difficultés de l'après-guerre contrarient ses projets. « Je suis resté à la maison à faire du fromage avec ma mère jusqu'à l'âge de 27 ans ». (3)
Après le travail, le soir, il colorie les portraits de célébrités du monde du spectacle.

3. Cité par Jacqueline Remits, in LeVif-L'Express, 11 juillet 1986

1947
Sa mère lui offre son premier appareil, un Zeiss Ikon 6x9 avec un télémètre. Il réalise en autodidacte ses premières photographies et manipulations: superposition de négatifs qu'il fait développer par un professionnel. « Faire ce que les autres ne faisaient pas était mon obsession. Je voulais sortir du lot. Je reconnais que ce n'est pas une qualité ».(4) Jusqu'en 1954, il pratique la photographie en amateur tout en continuant à travailler dans l'entreprise familiale.

4. Cité par Jacqueline Remits, in LeVif-L'Express, 11 juillet 1986

1951
Découvre sa vocation de portraitiste en photographiant Yves Deniaud, Raymond Pellegrin et Daniel Yvernel venus tourner près d'Aubel, sous la direction d'Henri Storck, « Le banquet des fraudeurs »(5).

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5. Cité par Jean-Francis Dechesne, in Samedi, n° 879, 28 mars 1970

1953
Voyage à Barcelone

1954
Entre comme stagiaire chez le photographe portraitiste Werres, installé boulevard de la Sauvenière à Liège. L'enseignement de la photographie est alors inexistant en Belgique. « J'étais allé 6 mois chez un patron qui ne m'a rien appris, comme tous les patrons. Lorsque je suis entré chez lui, il s'est couché dans son lit qui, 6 mois plus tard devait être son lit de mort. Photographe commercial prospère, renommé pour ses portraits « flous » des enfants royaux, il employait en 1945 vingt-quatre personnes [...], le chiffre d'affaires était alors de 12 millions de fb. Il est évident qu'à cette cadence, la qualité! Les flous de bougé, les mauvaises mises au point, tout passait sur le compte du flou dit « artistique » [...], il n'était plus photographe, mais industriel ». (6)

6. Texte dactylographié, non daté.

1955
Ouvre un studio de portrait. Situé Galerie Cathédrale à Liège, le lieu est exigu (40 m²). Le laboratoire est aménagé en sous-sol. « En 1955, j'ai choisi un métier qui me mettait en contact avec quelque chose que je considérais comme important: à savoir la tête de l'homme. Pendant 18 ans, je me suis fait la main sur la gueule des gens, comme ça, quotidiennement. A défaut d'avoir acquis une technique certaine, j'avais au moins assimilé une certaine technique. J'ai fait grosso modo 70000 portraits ».(7) A cette époque, le portrait est la discipline photographique qu'il préfère, celle aussi qui lui coûte le moins d'efforts. N'étant pas « technicien »(8), il engage deux personnes précédemment employées par Werres. La première année est difficile, il perd 400.000 frs. Il apprend le métier sur le tas. «Je pensais qu'il était possible de faire de la bonne photo en tirant le meilleur parti des gens qui voulaient se faire photographier. Quand j'avais un client, une cliente, particulièrement photogéniques ou intéressants, je perdais vraiment de l'argent car je multipliais les poses, pour le plaisir. Il m'a fallu 10 ans pour comprendre que la grande majorité des gens ne cherchaient pas dans le portrait photographique autre chose qu'un banal reflet d'eux-mêmes»(9).
Parallèlement à ses activités professionnelles, trop souvent routinières, il se rend dans les coulisses du théâtre du Gymnase pour saisir le visage des comédiens français des Galas Karsenty. Il photographie ainsi, avec un spot et sa chambre de studio, pendant l'entracte et en quelques minutes, Romy Schneider, Yves Montand, Bernard Blier, Danièle Delorme, Louis de Funès... «Ces gens-là sont automatiquement photogéniques»(10). «En deux minutes, j'ai réussi à faire cinq plaques de Jean Marais; mon but n'était pas vraiment commercial, je voulais pouvoir étudier des visages expressifs, ceux des professionnels du spectacle»(11).

7. Plaidoyer pour une école d'art photographique [texte dactylographié, non daté]
8. Hubert Grooteclaes a toujours été plus attentif au sujet qu'à la technique. Son matériel se composait des appareils Hasselblad (6x6), Bronica (6x6), Nikon (24x36), Linhof (4x5). Il travaillait avec un agrandisseur Durst.
9. Cité par Pierre Stiévenart et Claude Michaux, in Labo, n°4,juin-juillet 1977.
10. Ph. Lambert-Galliac, Télé-Moustique. 28 juin 1984, p.35.
11.Labo, n°4, juin-juillet 1977.

1958
Épouse Ninette (Renée Halbart), le 15 juillet. Voyage de noces à Paris.

1959
Rencontre Léo Ferré. La tête de Léo Ferré avait déjà fasciné Hubert Grooteclaes avant 1955 à Bruxelles, où un portrait du chanteur était exposé chez le photographe Cayet. «J'avais trouvé cette tête extraordinaire, je connaissais quelques-unes de ses chansons. Je me suis dit, si un jour je pouvais le rencontrer, ce serait formidable» (12). « Je l'ai connu en 1959 au Palais des Congrès de Liège, où il se produisait à l'occasion d'un bal des étudiants. [...] je l'ai photographié, je lui ai
envoyé les épreuves, et il m'a répondu: «Formidable. Venez à Paris». On est devenu amis. Pour moi, avoir rencontré Ferré, c'est mieux que la photo»(13). «Léo ferré a plus d'images dans ses textes que moi dans mon appareil». Hubert Grooteclaes partage avec Léo Ferré le même goût de l'anarchie, cette «négation de toute autorité d'où qu'elle vienne» (14)
. «Je pourrais faire cent clichés de Brassens, ils seraient tous les mêmes ou, plutôt, le centième ne m'en apprendrait pas plus sur lui que le premier. Brassens est monolithique. Par contre, je n'aurai jamais assez de pellicule pour exprimer les mille visages de Ferré. Il est comique, tragique, badin, il est féroce et un de ses traits se déplace-t-il d'une seule ride que tout est à revoir, à recommencer, à redécouvrir»(15).
Les séjours de la famille Grooteclaes en Toscane, où Ferré s'installe en 1968, sont fréquents.
Avec d'autres photographes, il est invité par le Palais Royal de Bruxelles à photographier le Roi Baudouin et la future Reine Fabiola à l'occasion de leurs fiançailles. Hubert Grooteclaes est également présent lors du mariage royal en 1960.
Naissance de Marianne Grooteclaes, le 15 décembre.

12. Vincent de Waleffe, Hubert Grooteclaes, Recherches graphiques, 1964-1972, Liège, 1981 [texte dactylographié, non publié].
13. Ph. Lambert-Galliac, op. Cit.
14. Ibid.
15. Pourquoi Pas?, n°2350, 13 décembre 1963.

1962
Naissance de Pascale Grooteclaes, le 4 juin.

1963-1973
À partir de 1963, crée ses premiers photographismes. Son studio de portrait, moins prospère, lui laisse du temps pour la recherche et l'expérimentation. «Être en recherche, c'est continuer à travailler. Essayer d'arriver à montrer ce qu'on ne voit pas, ce que les autres ne montrent pas. C'est cela que j'aime, parce que c'est très difficile»(16). Il réalise des sérigraphies, tirages au trait, déformations, trucages, effets de symétrie, reports sur toile utilisant des couleurs pures en aplats, «j'étais donc devenu un peintre, j'avais gagné mon pari secret de faire entrer la photographie dans les galeries de peinture»(17). «Un beau jour, j'ai eu l'idée de numéroter mes clichés pour leur classement. Arrivé au sept-centième, je me suis arrêté, horrifié par ce chiffre. Je venais de m'apercevoir que je ne faisais plus que des chiffres»(18). À cette époque, ses images sont abondamment publiées dans le monde, dans des revues et magazines. Elles seront aussi utilisées pour des affiches et des pochettes de disques (Léo Ferré, Jacques Brel, Charles Aznavour, Françoise Hardy, Sammy Davis Junior).

16. Cité par Pierre Bastin, in La Wallonie, 2 avril 1993.
17. H. Grooteclaes, Toulouse, Galerie Municipale du Château d'Eau, 1981.
18. Ibid.

1964
Première publication dans Photography Annual

1965
Première exposition de photographies au Show-Room Kodak, avenue de la Toison d'Or, à Bruxelles. Il accompagne Léo Ferré en tournée à Montréal durant une dizaine de jours et, au retour, s'arrête à New York. Il achète, pour l'offrir à Léo Ferré, le livre de William Klein sur New York.
Entre 1965 et 1979, il collabore occasionnellement à l'hebdomadaire bruxellois d'information Spécial. «J'ai fait quelques couvertures, mais je ne suis pas le reporter qu'on peut envoyer sur un fait et en rapporter rapidement une photo»(19).

19. Vincent de Waleffe, op cit. p. 16.

1965-1970
Membre fondateur du groupe Photo-Graphie. Créé le 29 novembre 1965, le groupe se compose des photographes Yves Auquier (président), Pierre Cordier (vice-président), Gilbert De Keyser (secrétaire), Julien Coulommier, Hubert Grooteclaes (membres), du graphiste Roland Denaeyer, de René Léonard (à l'époque, conseiller adjoint au Ministère de la Culture) et du photographe et critique Jacques Meuris. L'ASBL, financée et patronnée par le Ministère de l'Éducation nationale et de la Culture, a pour objet la promotion de la photographie de qualité, tant en Belgique qu'à l'étranger. Constitué d'artistes et de personnalités aux points de vue souvent divergents, le groupe, relativement informel, se dissout en 1970. « II avait atteint ses objectifs: il fallait montrer la photographie, en parler «autrement»(20). Les membres du groupe sont liés par une même volonté de conquérir un statut d'auteur au même titre que les artistes plasticiens.

20. Gilbert De Keyser, in Gilbert De Keyser, Charleroi, Musée de la Photographie. 1993.

1966
Naissance de Madeleine Grooteclaes, le 25 septembre.

1968-1969
Premières projections de photographismes sur toiles et transposition au moyen de couleurs acryliques.

1971
Accepte un poste d'enseignant à l'Institut supérieur des Beaux-Arts, St-Luc à Liège. Il signe son contrat le 4 janvier 1971. L'enseignement, qu'il considère comme une «anti-référence face à la photographie»(21) n'a jamais été pour lui un idéal, encore moins une vocation. Obligatoire en Belgique pour accéder à la profession de photographe, l'école «[...] sert à aller plus vite, à faire moins de bêtises» (22). Hubert Grooteclaes occupe pendant plus de vingt ans un poste d'enseignant parce qu'il aime les jeunes et que pour eux, il va essayer de changer les choses «[...] car tout est à changer»(23).
«je voudrais que l'école soit un lieu où je pourrais motiver les motivables [...]. Un lieu où il n'est pas interdit de s'épanouir. Une rencontre où se faciliteraient les choses compliquées plutôt qu'une «statistique de la contrainte» et un endroit où se compliquent les choses simples. Mon cours est un travail, jamais terminé, à la recherche de l'homme et de son quotidien. [...] J'ai apporté l'inconfort à l'école pour faire changer les choses. Il faut ouvrir les yeux aux gens. Il faut ouvrir les yeux aux jeunes»(24). Dans son enseignement, Hubert Grooteclaes n'a rien du professeur directif. Il est hors convention, déteste les théories, les discours, les cotes chiffrées «[...] si tous les professeurs ne donnaient que ce qu'ils savent [...] et ne jugeaient que ce qu'ils sont en mesure de juger [...], l'école serait formidable»(25). Jean-Luc Deru, enseignant à St-Luc et qui fut son élève, raconte: «En début d'année scolaire, il commençait par tout critiquer, nous disait que l'on vivait dans un pays où on ne fait que de la merde. Pour illustrer son propos, il montrait des affiches régionales, des billets de banque et le plan de la ville de Bruxelles qu'il confrontait à celui d'Amsterdam et il nous disait «ça c'est autre chose quand même... ça c'est formidable!». Il nous répétait souvent: «je n'hésiterai jamais à foutre des complexes à ceux qui n'en ont pas et à essayer d'en enlever à ceux qui en ont» (26).
Après quelques semaines, les élèves se forgeaient une opinion. Certains le suivaient, d'autres pas. «Hubert a toujours travaillé avec ceux qui lui semblaient avoir une personnalité intéressante»(27). Il donnait des thèmes simples à traiter: murs, affiche, usine, école, foire... «Il n'avait qu'un mot à la bouche: «beau», il fallait que ce soit beau»(28). «Je ne demande que quelque chose de beau, pas de rentable, ni de vendable. Le beau au prix du laid»(29). L'Homme, la poésie ou le spectacle dans la rue étaient parmi les thèmes proposés. «On y mettait ce qu'on voulait»(30). Il commentait peu les travaux de ses étudiants. «On lui montrait, individuellement, les planches-contacts. Il ne disait pas grand chose, il pointait les photos qu'il aimait bien et on les tirait. Lorsqu'on parlait, c'était d'autre chose: la peinture, l'architecture, la chanson»(31).
Il disait à ses élèves: «II faut vider le paysage que vous photographiez [...]. je veux dire qu'il faut y aller plusieurs fois, le voir sous tous les angles. Il ne faut pas rester à la surface des choses, il faut entrer »(32). Il attendait de ses élèves qu'ils le surprennent. Il leur faisait faire ce qu'il aurait aimé faire lui-même. «Je suis toujours à la recherche, chez les autres, de la photographie qui me fera pleurer de joie»(33). Jamais pourtant il n'a imposé sa manière. Au contraire, passionné, enthousiaste, il révélait à beaucoup leur propre potentiel et encourageait la créativité de chacun.
Ses élèves, Jean-Paul Brohez, Thomas Chable, Michel Cleeren, Jean-Luc Deru, Vincent de Waleffe, Bernard Gille, Pierre Houcmant, Damien Hustinx, Alain Janssens, Anne Karthaus, Alain Kazinierakis, Olivier Lefèbvre, Sam Mohdad, Dominique Monjoie, Lucia Radochonska, Jean-Louis Vanesch, pour n'en citer que quelques-uns, se sont engagés dans leur propre voie et ont développé un style personnel. On peut aujourd'hui, grâce à l'enseignement d'Hubert Grooteclaes, parler d'une école liégeoise de photographie.

21. H. Grooteclaes, Toulouse, Galerie Municipale du Château d'Eau, 1981.
22. Cité par Pierre Bastin. in La Wallonie, 4 février 1987.
23. Le Nouveau Photo-Cinéma n°68, mai 1978.
24. Cité par Jeanine Joris-Musialski, in Télé-Moustique, n°284, 10 juillet 1980.
25. Texte dactylographié, [1973].
26. Jean-Luc Deru, étudiant en première année en 1975. Entretien du 29 novembre 1994.
27. Ibid.
28. Ibid.
29. Texte dactylographié, [1977].
30. Jean-Luc Deru, op. cit.
31. Ibid.
32. Cité par Vincent de Waleffe, op. Cit.
33. H. Grooteclaes, Toulouse, Galerie Municipale du Château d'Eau, 1981.

1973
Abandonne définitivement son studio pour se consacrer totalement à l'enseignement. Voyage à Tokyo où il expose ses photographismes à l'invitation de Goro Kuramochi(34), avec le soutien de l'Ambassade de Belgique au Japon.
Cette même année, il abandonne les aplats et le trait au profit du flou, un «saut de carpe vers une nouvelle démarche qui demandait autant de rigueur, sinon plus, que la précédente»(35).
Il avait reçu d'un vieux retoucheur, au début des années 60, une optique des années 20. «Je l'ai mise sur mon agrandisseur et j'ai fait des photos dont je n'étais pas vraiment satisfait. J'ai persévéré [...] Il n'y a pas de truc, tout simplement des années de travail» (36). «Quand il y a un truc, cela ne vaut rien»(37).
Techniquement, il part d'un négatif net qu'il tire au moyen d'une optique Voïgtlander de 1925. À pleine ouverture, l'image est floue, lorsqu'on diaphragme, elle est nette. Il obtient les résultats voulus en combinant les expositions pour le flou et pour le net. Virée dans des teintes bistres et sépias, l'image est ensuite coloriée au moyen de crayons à l'huile. «Avec quoi je les colorie? Avec difficulté, avec rage, avec amour. Et avec un tout petit peu de couleur»(38). «Il m'arrive de passer des heures sur un cliché, pour rien! Car ici, l'interprétation se révèle capitale : je ne tire jamais deux photos de la même façon» (39). En 1973, il commence à utiliser le miroir.

34. 1939-2006, Fondateur de l'agence G.I.P., organisateur d'expositions et éditeur.
35. H. Grooteclaes, Toulouse, Galerie Municipale du Château d'Eau, 1981.
36. Je vais construire, n°79, mars 1985.
37. Télé-Moustique, n°284, 10 juillet 1980.
38. Le Soir, 10 octobre 1984.
39. Cité par Ph. Lambert-Galliac, in Télé-Moustique, 28 juin 1984.

1978
Réalise un générique pour la RTBF (Radio Télévision Belge Francophone) Liège.
À cette époque, et pendant les années 80, il travaille également comme photographe de plateau pour des émissions de la chaîne liégeoise.

1979
Du 2 au 8 juillet, maître de stage à Arles, à l'invitation de Lucien Clergue, lors des Rencontres Internationales de la Photographie. La manipulation de la réalité est le thème de son atelier. Des stages sont également donnés par Jerry Uelsmann, Leslie Krims, Ralph Gibson, Eikoh Hosoe, Pierre Cordier, Jean-Pierre Sudre, Denis Brihat...
Hubert Grooteclaes propose un stage sur le graphisme en photographie: tirage au trait, déformation, symétrie et autres trucages permettant la création d'une nouvelle figuration, mise en couleur des photos...

1980
Dans le cadre d'un échange culturel entre la Belgique et la Martinique, il reçoit une commande à l'occasion du Festival de la Guitare à Liège. Hubert Grooteclaes, dont la mère vient de décéder, part sans grand enthousiasme pour un séjour d'une semaine en Martinique. «Fort-de-France: un bidonville! On avait prévu une exposition à mon retour, j'ai dû m'échiner à travailler sur un sujet que je n'aimais pas du tout. En fin de compte, j'ai obtenu trente photos qui me plaisent beaucoup» (40). Intéressé par cette nouvelle expérience, il est dorénavant tout à fait disposé à répondre à de nouvelles commandes. Invité à Arles pour y donner un stage de reportage du 20 au 26 juillet. Le programme propose de partir à la découverte des gens et des choses par une autre photographie. Chaque étudiant doit choisir un événement de la vie journalière arlésienne et en rapporter une vision personnelle: la ville, les gens, la rue, la lumière, l'anecdote.
Participe avec treize autres photographes belges francophones, à la mission La pierre wallonne dans la Belgique romane, une commande de la Communauté française de Belgique.

40. Cité par Ph. Lambert-Galliac, in Télé-Moustique, 28 juin 1984.

1983
Maître de stage, avec Bernard Faucon, Jean-Louis Lebrun, Michel Saint-Jean, Philippe Salaün et Christian Vogt lors du 5e Festival photographique du Trégor à Lannion (France). Il donne également des stages à la Quinzaine de la Photographie à Cholet (France) et à l'École Nationale de Photographie à Arles.

1984
Publication de L'Éternité de l'Instant, aux Éditions du Perron à Liège. L'ouvrage comprend seize photographies accompagnées de seize textes inédits de Léo Ferré, la mise en page est signée Roger Potier. Le portfolio est édité à l'initiative du Groupe de Réflexion permanent pour la Promotion de Liège. Du 9 au 14 juillet, maître de stage aux XVe Rencontres Internationales de la Photographie à Arles. Il travaille sur le thème des manipulations graphiques en photographie.

1985
Expose à la Galerie St-Luc à Liège avec quatre de ses anciens élèves: Jean-Luc Deru, Pierre Houcmant, Damien Hustinx et Alain Janssens. Le titre de l'exposition Devoirs libres, libres de voir... est imaginé par Joseph Orban qui est également l'auteur des textes du catalogue. Organisée par Jean-Luc Deru, l'exposition est un hommage à Hubert Grooteclaes, un témoignage de reconnaissance et d'amitié de ses élèves. Après Liège, elle a été présentée dans les galeries FNAC en France.

1986
Donne un stage les 26 et 27 avril à la Fondation Nationale de la Photographie à Lyon.

1987
Participe, durant l'été, à la mission Les Quatre saisons du Territoire dans le cadre du projet Les 101 Communes de l'Ain. Le paysage photographique est l'un des trois volets d'une action artistique envisagée sur quatre ans, autour des communes du Territoire de Belfort. Dix photographes y participent: Werner Hannapel, Manolo Laguillo, Mikaël Levin, Marc Deneyer, Hubert Grooteclaes, Marc Tulane, John Davies, Claude Caroly, Christian Meynen et Gilbert Fastenaekens. L'objectif de la mission est de «[...] contribuer concrètement, par la production d'œuvres, à la réflexion sur le paysage photographique contemporain»(41).
Chaque artiste doit produire pour chaque saison au moins cinq photographies pour chacune de ses dix communes. Les photographies d'Hubert Grooteclaes, tirées floues, sont des créations tout à fait personnelles. Il ne sera pourtant plus sollicité pour les autres saisons...
Première exposition rétrospective ( 174 photographies), du 2 au 31 octobre, salle Saint-Georges à Liège dans le cadre du premier Mois de la Photo mis sur pied par Jean-Luc Deru et Bernadette Noël des ASBL Périscope et Les Chiroux. «Rétrospective ? Une façon agréable de sentir que l'on devient vieux» (42).

41. Alain Buttard, Les 4 saisons du territoire – L'été, Belfort, Éditions Granit-CAC, 1988, p. 4.
42. Cité par Philippe Lambert, in Le Soir Illustré, 1987.

1988
Hubert Grooteclaes expose à la Benteler-Morgan Galleries à l'occasion du FotoFest à Houston, Texas.

1989
Voyage à Rome et à Florence. Il utilise plus systématiquement le miroir.
Invité, aux côtés de Paul Caponigro, Lewis Baltz, Joshua Cooper, André Gelpke et John Batho, à Alden Biesen (B) en tant que professeur extraordinaire. La photographie de paysage est le thème général du stage qui se déroule du 16 au 2l juillet.

1990
À la demande de Charles-Henri Favrod du Musée de l'Elysée à Lausanne, il propose sa vision de la Suisse. Ce travail de commande est exposé en même temps que les œuvres d'une cinquantaine de photographes au Musée d'Art et d'Histoire de Fribourg à l'occasion du 700e anniversaire de la Confédération Helvétique.
L'interruption de la commercialisation du papier hongrois Forte marque la fin de sa période floue.

1991
Voyage aux États-Unis et exposition à Rutherford (New Jersey) à la Artwall + B Gallery. Cette galerie, dirigée par la Liégeoise Danièle Kurtz, est consacrée à l'art belge contemporain.
Invité avec dix-neuf autres photographes belges francophones, à participer à la mission Regards Croisés pour la Communauté française de Belgique à l'initiative de Jean-Pierre Vlasselaer. Les photographes sont «[...] conviés à émettre leur vision d'un lieu qu'ils n'habitent pas [...] à exprimer par l'image un dialogue avec les villes et leurs habitants» (43). Hubert Grooteclaes choisit Bruxelles et s'intéresse plus particulièrement aux statues dans les parcs. En 1991, il prend part, avec les Belges Geert Bisschop, Marc Pierret, Bernard Bay, Bernard Dewil, Alexandre Vanautgaerden, le Français Maurice Muller, le Hollandais Luuk Kramer, et six ateliers d'initiation à la photographie pour jeunes, à la mission Anderlecht-Paysages urbains-Paysages humains à l'initiative de la Mission locale d'Anderlecht. Dans leur travail, les photographes interrogent le territoire urbain «[...] marqué par les non-lieux et une identité mouvante» (44). Alors que certains s'attachent à la périphérie de la commune, Hubert Grooteclaes explore les vestiges de la campagne dans l'univers urbain en introduisant le miroir dans le champ de l'image.

43. Jean-Pierre Vlasselaer, Regards croisés, Bruxelles, Ministère de la Communauté française de Belgique, 1991.
44. Alain de Wasseige, Anderlecht-Paysages urbains-Paysages humains, Mission locale d'Anderlecht, La Papeterie, 1992.

1992
Séjour de trois semaines au Chili. Il y accompagne une équipe de la RTBF (Radio Télévision Belge francophone) qui réalise un reportage sur une Chilienne exilée dix ans à Liège. L'émission, réalisée par André Romus, présente les photographies d'Hubert Grooteclaes. Découvre le papier anglais Kentmere et commence à tirer net. Sa carrière d'enseignant se termine officiellement en 1992, lorsqu'il atteint 65 ans, l'âge de la retraite. Jusqu'en septembre 1994, il vient encore à Saint Luc, deux après-midi par semaine.

1993
En février, expose à Tokyo à l'initiative de Goro Kuramochi.
Reçoit en mars le premier Prix SABAM (Société belge des auteurs, compositeurs et éditeurs) consacré à la photographie pour l'ensemble de son œuvre.

1994
Décès d'Hubert Grooteclaes, le dimanche 23 octobre dans sa maison d'Embourg, près de Liège.

Marc Vausort

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